L’argent c’est du temps : La United Fruit Company
Histoire des peuples
Monnaie
AuteurBastien Maurell
Bienvenue dans notre hors-série « L’argent, c’est du temps ». Dans ce format du SENS, nous plongeons dans l’histoire des monnaies à travers les âges, pour comprendre leurs origines et ce qu’elles disent de l’économie d’hier… et d’aujourd’hui.
Aujourd’hui, cap sur l’Amérique du Sud, dans les champs fruitiers où poussent les bananes et se construisent des empires.
Bien que l’entreprise affiche dès ses débuts une taille et une influence impressionnantes, elle n’est pas la première multinationale moderne au sens contemporain du terme. D’autres sociétés, à l’envergure internationale, ont précédé son ascension, à l’image de la Singer Manufacturing Company, fondée en 1851 et considérée comme l’une des premières entreprises véritablement mondiales.
L’UFCO et l’influence de l’argent
La United Fruit Company opère principalement dans des pays d’Amérique centrale, alors encore profondément sous-développés. Pour certains d’entre eux, la construction d’un chemin de fer représente une opportunité économique qu’ils ne peuvent négliger. En échange de terres et d’exemptions fiscales, l’UFCO finance et assure le développement de voies ferrées dans plusieurs pays, comme le Guatemala. Grâce à cette stratégie, l’entreprise devient l’un des plus grands propriétaires fonciers de la région, avec plusieurs centaines de milliers d’hectares sous son contrôle à son apogée.
Une entreprise impliquée
Grâce à ses moyens financiers et à sa puissance économique, la United Fruit Company exerce une pression constante sur les gouvernements des pays où elle est implantée, s’assurant presque carte blanche pour mener ses affaires. Pourtant, certaines décisions échappent à l’influence de l’argent.
Le Guatemala, quand l’argent ne parle plus
La United Fruit Company, consciente de ce contexte, mobilise ses contacts au sein de l’administration américaine pour protéger ses intérêts. Son influence contribue à façonner le climat politique qui conduit au coup d’État de 1954.
Peut-on affirmer que la CIA aurait organisé ce renversement sans l’intervention de l’UFCO ? La question reste ouverte. Les recherches historiques montrent que l’opération avait également pour objectif stratégique de contrer la progression du communisme dans la région. Néanmoins, l’action de l’UFCO a joué un rôle déterminant dans le déroulement des événements, faisant de l’entreprise un acteur à part entière de cette intervention américaine.
La chute de Guzmán, la chute de l’UFCO
Avec le temps, à mesure que la dictature guatémalienne se radicalise et se fait plus sanglante, les noms des responsables sont rendus publics. L’implication de l’United Fruit Company dans le renversement d’Árbenz devient alors évidente, et l’entreprise se retrouve vivement critiquée dans le monde entier, symbolisant l’oppression impérialiste et l’exploitation capitaliste aux yeux des populations du bloc Est comme du bloc Ouest. La réputation de la société, jusque-là façonnée par des campagnes publicitaires intensives, se voit durablement entachée, chaque scandale venant renforcer l’image d’une entreprise controversée. Dans les années qui suivent, d’autres affaires viennent ternir son image, et en 1970, la United Fruit Company disparaît sous ce nom pour devenir la United Brands Company.
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